Réussir sa mission dans la vie n’est pas toujours réussir sa vie !
Mission dans la vie, but, bonheur

Réussir sa mission dans la vie n’est pas toujours réussir sa vie !

par louisbelleau | mars 23, 2026 | Développement personnel

Je ne sais pas si vous avez déjà expérimenté la curiosité des petits enfants qui vous bombardent de mille et une questions. Ces petits esprits ne cessent de vouloir apprendre et comprendre le monde qui les entoure. Ils se fascinent et s’intéressent à tout. Et, parfois, ils deviennent des déclencheurs de réflexion profonde. Comme réfléchir à sa mission dans la vie.

Alors, dernièrement, mon petit-fils m’a demandé :

« Qu’est-ce que ça veut dire vivre une bonne vie ? »

Ma réponse fut très superficielle. Une réponse rapide. Une réponse d’adulte pressé. Mais sa question, elle, ne m’a pas quitté et a raisonné en moi plusieurs jours après. Elle m’a suivi et a continué de travailler en moi. Et plus j’y réfléchissais, plus je réalisais qu’il ne s’agissait pas d’une simple question d’enfant.

C’était beaucoup plus que ça, c’est une question fondamentale. Une question aussi vieille que l’humanité. Une question sur laquelle des sages, des philosophes, des penseurs, des chercheurs, des poètes et même des romanciers ont réfléchi et débattu depuis toujours.

Je souhaite donc partager avec vous une sagesse profonde que j’ai découverte au fil de cette réflexion.

Le domaine de la psychologie a longtemps proposé deux concepts principaux pour définir ce qu’on appelle « vivre une bonne vie ».

Le premier est la vie heureuse, souvent appelée le bien-être hédonique. C’est-à-dire faire des choses qui nous rendent heureux simplement parce qu’elles nous rendent heureux. Cela peut se résumer à vivre une vie remplie de stabilité, de plaisir, de satisfaction, d’émotions positives et d’un certain évitement de la douleur.

Le second concept, c’est plutôt le bien-être eudémonique. Il fait référence à une vie porteuse de sens et axée sur l’épanouissement personnel. Cette perspective est guidée par un but, marquée par la vertu, la dévotion, la contribution et le service. On pourrait dire que c’est une recherche de l’excellence humaine.

J’aurais dû davantage répondre à mon petit-fils à partir de ces deux catégories, évidemment avec des mots beaucoup plus simples. Essentiellement, j’aurais probablement dit qu’une bonne vie, c’est une vie heureuse et une vie utile. Une vie qui nous fait du bien, et une vie qui sert à quelque chose. Et, honnêtement, cela m’aurait sembler suffisant.

La troisième perspective de vivre une bonne vie

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Mais ces dernières années, les recherches de Erin Westgate et Shigehiro Oishi ont mis en lumière une troisième perspective qui vient élargir la notion de « vivre une bonne vie » : la vie psychologiquement riche. Cette facette, longtemps négligée, reçoit de plus en plus d’attention dans la recherche aujourd’hui.

Une vie psychologiquement riche se caractérise par un engagement mental profond et complexe, par une grande variété d’émotions intenses, et par des expériences diverses, nouvelles, surprenantes et intéressantes.

C’est une vie de curiosité et d’exploration. Il s’agit d’une invitation à rester curieux de la vie dans sa plénitude et à ne pas se limiter au confort de ce que l’on connaît déjà.

Parfois, ces expériences sont agréables.

Parfois, elles sont profondément significatives.

À d’autres moments, elles ne sont ni particulièrement agréables ni réellement porteuses de sens.

Mais une chose est sûre : elles sont rarement ennuyeuses ou monotones, parce qu’elles stimulent la curiosité, bousculent les repères et obligent à penser, ressentir et s’adapter autrement.

Autrement dit, une vie peut être heureuse. Une vie peut être profondément significative. Et malgré cela, elle peut manquer de richesse psychologique si elle n’offre plus d’occasions de découverte, d’étonnement ou de renouvellement intérieur.

Cette idée m’a profondément interpelé.

Parce qu’en comprenant ces trois définitions distinctes d’une « bonne vie », j’ai compris aujourd’hui que j’aurais besoin d’élargir le spectre de mes perceptions. La question d’un petit enfant m’a fait réaliser à quel point je vis de manière étroite. Je vis maintenant pratiquement à 95 % dans la catégorie de la vie porteuse de sens.

J’ai toujours pensé qu’une bonne productivité est parfaite pour réussir dans la vie

Tout ce que je fais, tout ce à quoi je pense, tout ce que je lis, ce que j’écoute, les personnes avec qui je parle, celles que je rencontre et avec qui j’interagis : tout le temps, je suis obnubilé par la productivité, la croissance, le progrès et l’avancement de mon but. Oui, à chaque instant de ma journée, chaque jour de la semaine ou presque, mon cerveau est consacré à cela.

Je m’en confesse : ce n’est pas une vie aussi bonne qu’elle pourrait ou devrait l’être.

Avoir un but sur toutes mes activités

Cette réflexion m’a permis de constater que je ne fais pratiquement rien pour la richesse psychologique. Quant au bien-être hédonique, je crois que c’est tout aussi déficient. Pour moi, si quelque chose n’a pas de but, je ne le fais pas.

Je lis toujours un livre avec un but. Je n’ai aucun souvenir quand la dernière fois où j’ai lu un roman de fiction. Enfin, j’écoute toujours un balado avec un objectif précis. Depuis un très long moment, je ne prends pas d’appels, je n’accepte pas de rencontres, et je ne passe pas de temps avec des gens qui n’ont pas d’objectifs.

Si vous m’invitez à aller pêcher, observer les oiseaux, voyager, faire du kayak, jouer au tennis ou simplement essayer quelque chose de nouveau, il y a de fortes chances que je refuse… à moins qu’il y ait derrière cela une forme d’objectif, un apprentissage utile, ou des personnes orientées vers un but précis. Voici pourquoi. C’est simple : parce que mon temps, mon énergie et mes forces investis dans ces activités ne servent pas du tout à mon but.

Ma prochaine mission, réussir une vie plus en équilibre

Je sais que cela n’est pas une attitude de personne équilibrée. Ce n’est pas bien, j’en suis conscient. Encore une fois, je m’en confesse.

Maintenant, à ce tournant de mon existence, je ne regrette absolument pas de vivre ma vie de cette manière. C’est tout de même une vie porteuse de sens. Après tout, si moi et les miens avons ce que nous avons aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à cela. Cette manière de vivre m’a permis de construire, de contribuer, de persévérer, de faire avancer des choses importantes. Elle a donné une direction claire à mes efforts. Elle m’a évité de me disperser. Ensuite, elle m’a permis d’être discipliné. Enfin, elle m’a gardé focalisé.

Mais la question de mon petit-fils m’a suffisamment interpelé pour que je commence à comprendre quelque chose d’autre, et c’est ce que je vous invite peut-être à considérer pour vous-même : je passe peut-être à côté d’une grande partie de la vie. La Vie, avec un grand V.

Voici ce à quoi j’ai réfléchi :

Et si je mourais en n’ayant vécu que de cette façon ?

Je pense que je le regretterais.

Je verrais alors mon engagement à vivre d’une seule manière, non pas comme sage ou courageux, mais comme limité, voire peu courageux. Car il faut peut-être une autre forme de courage pour accepter de ne pas toujours être dans le contrôle, dans la progression, dans l’utilité, dans le rendement.

Il faut peut-être du courage pour sortir de sa routine, pour remettre en question son statu quo, pour accepter de vivre certaines expériences sans savoir d’avance à quoi elles serviront. Ce défi est encore plus grand face à la désintégration de l’ordre mondial : comment revoir ses priorités et réussir face au désordre devient alors la question centrale pour ne pas se laisser submerger par le chaos ambiant.

C’est là que le coût caché d’une vie trop orientée « mission » m’apparaît.

Quand tout a un but, presque plus rien n’a de gratuité. Quand tout doit servir, presque plus rien n’a de légèreté. Pour finir, quand tout doit produire, presque plus rien n’a de pure présence.

On devient efficace, mais moins disponible. On devient cohérent, mais parfois moins vivant. Finalement, on avance beaucoup, certes, mais dans un corridor de plus en plus étroit.

Et il y a un risque réel à cela : la répétition des rôles, des tâches et des responsabilités peut rendre l’existence routinière, prévisible et mentalement appauvrissante, même lorsqu’elle est remplie de sens.

Pourtant, lorsqu’elle est sagement orchestrée, on réalise à quel point une routine quotidienne cohérente vous distingue plus que le talent à condition qu’elle serve votre équilibre global plutôt qu’uniquement votre productivité brute.

L’ennui dont il est question ici n’est pas un jugement sur la valeur d’une vie. Il ne s’agit pas de dire qu’une telle vie est mauvaise, vide ou inutile. Il s’agit plutôt de reconnaître que le cerveau humain a aussi besoin de diversité, de contrastes, d’expériences inédites et de perturbations positives pour rester vivant, alerte et engagé.

J’en viens donc à cette conclusion : c’est étroit d’esprit de ma part de ne pas savourer la beauté, les plaisirs et les joies de la vie simplement pour leurs récompenses hédoniques. Aucun but requis. Seulement vivre un peu plus de joie et de bonheur pour moi-même, sans que cela fasse de moi quelqu’un d’égocentrique.

Au bout du compte, je me suis demandé si je pourrais peut-être accorder 10 à 15 % de ma vie à faire des choses qui me rendent heureux simplement parce qu’elles me rendent heureux.

À peu près tout ce que je fais uniquement pour le bonheur, c’est regarder un bon film avec ma douce-moitié, prendre un bon repas en sa présence, faire quelques accords sur l’une de mes guitares, ou regarder le coucher du soleil avec ma femme sur le bord du fleuve. C’est tout. Ou presque. Ce sont de vrais moments. De beaux moments. Mais ils occupent une place trop petite dans l’ensemble de ma vie.

Tout le reste a une forme de but.

Oui, je m’entraîne, je fais des marches matinales, je m’alimente de smoothies. Mais c’est encore lié à un but, une fois de plus. Oui, je prends quelques jours d’arrêt annuel, des vacances. Mais je fais tout cela pour servir mon but, pas pour poursuivre mon bonheur. Je vous l’avoue.

Et la richesse psychologique ? Elle est encore plus faible.

Je me rends compte que je laisse très peu de place à des expériences plus diverses, nouvelles, parfois plus complexes, qu’elles soient positives ou négatives, simplement pour le plaisir d’explorer mon monde intérieur. Pourtant, il y a peut-être là une partie essentielle d’une vie pleinement vécue. Dire oui à quelque chose qui n’est ni rentable, ni stratégique, ni productif, ni même nécessairement agréable, mais qui élargit notre expérience de la vie.

Le questionnement d’un tout petit peut créer beaucoup d’ambiguïté chez un adulte. Cela m’a sérieusement remis en question.

Ma réponse à cette question fondamentale — qu’est-ce qui constitue une bonne vie ? — est désormais celle-ci : c’est un mélange de bonheur, de sens et de richesse psychologique.

En ce moment, ma répartition ressemble probablement à ceci : 3 % bonheur ; 95 % sens et 2 % richesse psychologique.

À partir de maintenant, mon objectif serait plutôt : 15 % bonheur ; 70 % sens et 15 % richesse psychologique.

Il faut réellement que j’ajuste ma façon d’envisager ma manière de vivre. Il m’apparaît plus raisonnable d’avoir une vie dédiée au sens, au but, à la contribution et à l’impact positif, tout en consacrant intentionnellement une part de mon temps à des activités qui me rendent plus heureux sans que j’y implique des objectifs ou que j’y associe des buts. Je n’ai pas cette habitude. Il me reste donc à découvrir ces activités.

Et je veux aussi consacrer intentionnellement une part de mon temps à dire oui à des activités dont je n’ai aucune idée si elles me rendront heureux ou non, mais qui sont simplement différentes, nouvelles et stimulantes mentalement, physiquement ou émotionnellement.

Il me reste à découvrir ce que sont ces activités.

Mais une chose est certaine : je ne veux plus confondre une vie utile avec une vie complète.

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Je veux continuer à vivre une vie porteuse de sens. Je veux continuer à contribuer positivement à la vie des autres. Je veux continuer à avancer avec un but. Mais je veux aussi laisser davantage de place à la joie, à la beauté, à la curiosité, à l’exploration et à tout ce qui ne sert pas nécessairement mon objectif, mais qui sert peut-être quelque chose de plus grand encore : ma capacité à habiter pleinement mon existence.

Alors voilà mes objectifs dans la poursuite d’une bonne vie.

Et vous : Quels sont vos pourcentages entre une vie heureuse, une vie porteuse de sens et une vie psychologiquement riche ?

Maintenant que vous comprenez la distinction entre les trois, quelle serait votre répartition idéale pour l’avenir ?

Peut-être que votre réponse vous révélera, à vous aussi, si vous êtes en train de réussir votre vie ou seulement votre mission.