Comment la dissonance cognitive peut influencer vos décisions d’entreprises?
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Comment la dissonance cognitive peut influencer vos décisions d’entreprises?

par louisbelleau | septembre 28, 2025 | Développement personnel, Dissonance cognitive

Et si le vrai danger pour une personne, pour un décideur ne venait pas de ses compétiteurs… mais de son propre cerveau? Que ça venait de votre dissonance cognitive qui peut altérer vos décisions.

Pourquoi vos certitudes peuvent-elles être le plus grand risque pour votre entreprise?

Chaque jour, des personnes brillantes prennent des décisions qui vont à l’encontre de la logique. Tout simplement parce qu’ils veulent demeurer cohérents avec leurs choix passés. Cette faille invisible — la dissonance cognitive — sabote des stratégies, épuise des équipes et coûte parfois des millions en affaires. Pour le dirigeant, l’enjeu immédiat devient alors de comprendre comment éviter les mauvaises décisions sous stress afin de ne pas accentuer ces biais.

On manque tous de jugement pour différentes raisons. C’est comme si notre cerveau créait des bugs et nous cachait des angles morts. Cela sabote le leadership d’une organisation, crée des frustrations et rends aveugle aux nouvelles opportunités. Tout simplement parce qu’on tente de raisonner nos émotions.

La dissonance cognitive peut influencer des décisions contraires à votre bon vouloir.

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Au début de l’année, une connaissance de mon voisinage me confiait qu’il avait reçu un avertissement assez clair de son médecin. « Il faut réduire le sel et le sucre, sinon vos risques cardiovasculaires seront hors contrôle. Cette situation devient dangereuse pour votre santé. »

Durant la période estivale, lors de ma marche quotidienne, cette même personne se retrouvait devant un sac de chips sur son balcon. L’ayant salué et l’ai questionné sur son état. Pour se justifier il m’a simplement dit « Bah, c’est juste pour ce soir. Demain, je reprends le contrôle. »

Et que dire de celui qui critique les grandes entreprises polluantes. Alors qu’il prend sa voiture pour aller acheter une bouteille d’eau au dépanneur à deux coins de rue?

Par moment, ces contradictions ne font pas de nous des « hypocrites » — elles font de nous des humains.

Vous souvenez-vous de la secte religieuse ufologique de Heaven’s Gate à San Diego ? Ces gens-là croyaient qu’un vaisseau spatial suivait la comète Hale-Bopp et qu’il allait venir les chercher pour les amener à un niveau supérieur, vers une sorte de monde d’êtres plus évolués.

En janvier 1997, le leader et chef du groupe, Marshall Applewhite est allé dans une boutique acheter un télescope informatisé de quelques milliers de dollars pour observer cette fameuse soucoupe volante derrière la comète. La semaine suivante, il retourne à la boutique pour se faire rembourser. Quand le gérant leur a demandé pourquoi, il a prétexté que le télescope « ne fonctionnait pas » car le télescope n’arrivait pas à voir le vaisseau spatial près de la comète.

Le plus tragique c’est que 2 mois plus tard, 39 personnes se sont mis des sacs de plastique sur la tête pour « quitter leur enveloppe terrestre ». Cette folie les a menés au suicide. Voyez-vous, rien, pas même une preuve visuelle directe, n’aurait pu les convaincre du contraire.

C’est fou, n’est-ce pas? Personne n’a pu les convaincre de décider du contraire.

Peut-être que vous vous dites : « Moi, je ne croirais jamais quelque chose qui me tuerait au bout du compte. »

Mais tu sais quoi? Comme moi, par instant, on n’est pas à l’abris de ce comportement. Oui, nous aussi on est aussi fous que les membres de cette secte.

Pensons aux fumeurs, par exemple. Ils ont vu et revu toutes les preuves que ça cause le cancer, que ça contribue à plein de maladies chroniques. Pourtant, les fumeurs se justifient en disant que ça les aide à gérer leur anxiété. De plus, que ça les garde minces (parce qu’être en surpoids, c’est un risque pour la santé aussi, non?).

Il y en a même qui se justifie en disant qu’ils ne fument pas assez pour que ça leur cause du tort. Bien sûr il y a ceux qui nient carrément toutes les preuves.

Puis il y a aussi ces gens qui mangent mal et qui aboutissent à la même chose.

Combien de fois avez-vous décidé de manger santé, puis, devant vos yeux a surgit un beigne, un beau gros muffin, un morceau de gâteau ou de tarte, ou encore des frites et oups… cela vous a fait dévier de votre route?

Peut-être que vous vous êtes convaincus par le raisonnement suivant : « Bah, c’est juste un beigne après tout, je vais sauter le dîner pour compenser les calories. » ou « Finalement, ce n’est pas tant de calories que ça. » ou encore : « De toute façon, je n’avais pas prévu d’être si strict avec ce régime. »

J’ai déjà dit : « Je vais m’entraîner plus tard, donc tricher un peu, c’est correct. » ! Je m’en confesse.

J’ai même rencontré des gens qui ont carrément niés les conséquences néfastes et les preuves scientifiques de ce type d’alimentation. À titre de chimiste alimentaire de profession, je vous confirme que ça déstabilise !

Ce comportement de nier l’évidence, nuit à vos décisions et votre bon fonctionnement.

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Certains ont ce genre de réaction avec l’alcool, avant de prendre le volant ou en restant volontairement dans des relations toxiques ou bien en tolérant des jobs qui les rendent malades !

Ce que je souhaite vous faire comprendre, c’est que nous avons un mécanisme de motivation profond qui nous empêche d’admettre nos erreurs ou d’accepter des faits scientifiques…  même quand ces faits pourraient nous sauver la vie.

C’est ça qu’on appelle la dissonance cognitive. Toutes les décisions qu’on prend sont guidées par un besoin de cohérence avec notre identité; qu’il s’agisse de « quoi et qui croire », « quoi acheter », où aller, quoi faire, comment vivre. Toutes ces réflexions, ces interprétations sont guidées par des convictions qui collent avec la réalité à laquelle on accepte de croire et d’accepter.

On est tous motivés par « garder une cohérence mentale et identitaire ». Et cela est l’affaire de tout le monde, pas juste les membres de sectes ou pas juste les « déviants sociaux ».

Ce qui faut savoir, c’est que tout ce qui vient heurter nos croyances ou nos valeurs les plus ancrées, nous terrorise. Lorsqu’une information contredit nos croyances ou nos comportements, notre cerveau ressent une tension désagréable.

Alors, pour réduire cette tension, on rationalise, on minimise ou on rejette l’évidence. Dans des rôles décisionnels, de gestionnaires ou de responsables d’un groupe, ce mécanisme psychologique influence autant nos choix personnels que nos décisions d’affaires.

Ce mécanisme de dissonance cognitive nous mènes à des distorsions mentales.

Soit pour rejeter, critiquer ou carrément éviter toute information qui menacerait nos convictions existantes.

Cette idée de dissonance cognitive est née quand le psychologue social Leon Festinger a infiltré un culte apocalyptique (les Seekers) dans les années 1950. Quand leur prophétie de fin du monde imminente ne s’est pas réalisé, les membres ont développé des mécanismes complètement tordus pour gérer cette déception.

La plupart de ceux qui étaient profondément investis ont décidé de réinterpréter l’échec comme une victoire se disant : « Le monde devait être détruit, mais nos prières l’ont sauvé. » C’est tout de même intéressant comme ruse de conclusion. Au lieu d’admettre qu’ils s’étaient complètement trompés, ils ont adapté leur croyance pour qu’elle colle avec la nouvelle réalité.

Le point que je veux souligner est le suivant : ce qu’on fait on fait tout ça d’une certaine façon. Qu’il s’agisse de religion : l’une est bonne, l’autre est mauvaise. Pour un parti politique ou un politicien (ex : Trump est le diable incarné ou Trump est l’élu de Dieu pour sauver la planète).

Autres exemples, on a une opinion sur les vaccins, sur l’identité de genre, sur le racisme ou l’antiracisme, sur woke ou anti-woke, sur les changements climatiques ou l’écoresponsabilité, etc.

Peu importe quelle croyance on supporte, nous sommes aveuglés par moment.

Pour chaque décision qu’on prend, ce mécanisme cognitif est potentiellement présent. Même dans les choix comme l’achat de telle voiture, de manger telle pizza, de skipper le gym aujourd’hui, de voter pour tel candidat. Oui, on se met à rationaliser nos choix et à balayer les alternatives, même les plus évidentes.

Notre cerveau trouve des justifications, minimise les faits ou ignore carrément l’évidence.

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En clair : certains vont même préférer avoir tort mais rester cohérents, que d’admettre qu’ils se sont trompés.

Étonnamment, assez rapidement, nos doutes du départ se transforment en certitudes. Plus on avance en se justifiant, plus ça devient difficile d’admettre qu’on s’était trompé dès le départ, même quand le résultat final est clairement mauvais ou carrément autodestructeur.

Avez-vous déjà tenté l’expérience de faire changer d’avis votre beau-frère sur la politique, surtout s’il a déjà investi du temps, de l’argent, des efforts ou son vote là-dedans. Eh bien, c’est impossible ! Savez-vous, lui non plus ne peut pas vous faire changer d’opinion.

C’est aussi vrai, dans le monde des affaires, car cette mécanique d’incongruence est partout et altère les décisions.

Pour un décideur, surmonter ces conflits intérieurs et accepter de corriger le tir fait partie intégrante de sa maturité professionnelle. C’est un apprentissage de terrain indispensable lorsque l’on cherche comment s’y prendre pour former un bon leader capable de naviguer avec lucidité face aux défis de l’entreprise.

Je discutais avec des gestionnaires qui glanaient haut et fort qu’ils visaient instaurer une culture organisationnelle valorisant l’équilibre travail-vie personnelle, mais qui récompensaient uniquement ceux qui font du 60 heures par semaine. Quand, je me suis permis de leur faire remarquer l’incohérence, ils ont minimisé cela en me disant : « C’est temporaire… c’est pour les ambitieux… ».

En affaires, le phénomène cognitif est un piège redoutable puisque ça nous pousse à :

  • protéger notre égo plutôt que nos résultats;
  • défendre des stratégies perdantes au lieu de pivoter;
  • perdre de vue les signaux du marché et des clients;
  • entretenir des cultures de travail qui épuisent les équipes.

Qu’est-ce que l’effet de l’engagement croissant?

Rappellerez-vous que plus on a investi du temps et de l’argent, plus il devient difficile de reculer. C’est ce qu’on appelle l’effet de l’engagement croissant : plus on avance dans une mauvaise direction, plus on justifie chaque pas, même si l’abîme approche.

J’ai souvent vu des entrepreneurs brillants tomber dans ce piège non pas par manque de compétence, mais plutôt par peur d’admettre qu’ils se sont trompés. C’est ce qui m’a motivé à rendre disponible facilement mon expérience pour apporter plus de clarté aux décideurs en créant LouisBelleau.com et en offrant régulièrement des articles à travers mon blogue. 

La même chose m’a motivé aussi à écrire dans le Journal Action PME.

Trois clés pour sortir de cette « folie »

Alors, qu’est-ce qu’on peut faire pour ne pas être « si fou que ça »?

Voici trois pistes concrètes qui s’appliquent autant à votre vie personnelle qu’à votre leadership d’affaires.

1- Apprenez à être confortable dans l’inconfort et accepter les contradictions.

Le monde n’a pas besoin de toujours se conformer à votre compréhension, qui est nécessairement limitée. Laisser les conflits exister. Dans la vie comme en affaires, il nous faut accepter les contradictions, c’est vital.

Une anecdote des années 80 rapporte que l’ex-premier ministre d’Israël, Yitzhak Shamir,  a été irrité que son ami Ronald Reagan ait visité un cimetière où étaient enterrés des soldats SS.

Toutefois, lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait de ça, il aurait pu réagir en coupant l’amitié ou en minimisant l’action.

Mais il a dit simplement : « Quand un ami fait une erreur, l’ami reste un ami et l’erreur reste une erreur. » Vous voyez la sagesse de la réponse. Il a accepté que la dissonance existe.

2- Ne tombez pas dans la culture de l’annulation.

Dans le milieu professionnel, il y a des carrières brisées pour une erreur de communication, une décision impopulaire ou une maladresse?

Oui, je comprends que les dirigeants doivent rendre des comptes. Mais réduire une personne à seule erreur, c’est de faire à une personne toute sa valeur ajoutée sachant qu’on est tous humain, à la fois, formidable et aussi imparfait.

Des artistes, athlètes, acteurs, humoristes, même des leaders d’affaires brillants ont été effacé. Malheureusement, une vie entière balayée, pour un accident de parcours. C’est cher payé vous ne trouvez pas.

On a qu’à penser à l’épisode où, l’ancien premier ministre, Justin Trudeau était dans une soirée costumée à thématique. Ç’a s’appelait « Les mille et une nuits », et il s’était costumé à l’école où il enseignait.

La presse et les parties concurrents ont monté tout cette aventure en épingle pour le discréditer. Qui ne s’est pas déguisé pour un party ???

Au lieu de ça, on devrait accepter notre faiblesse humaine.

J’ai plein d’amis incroyables qui ont fait des erreurs ou qui croient à des trucs que je trouve un peu « stupide ». Mais ça n’efface pas tout ce qu’ils sont et ce qu’ils apportent.

3- Apprenez à nuancer vos décisions face à des situations dont vous êtes impliquées.

Rien n’est tout noir ou tout blanc. Peu importe la vérité absolue que vous croyez tenir, il y a toujours une autre façon de l’interpréter.

La bonne manière de voir les choses, c’est d’accepter de voir qu’il y a des nuances, des contradictions, de la complexité et, par moment, de l’hypocrisie.

Dans le fond, tout est gris.

Un dirigeant qui croit détenir « la vérité absolue » court à sa perte, inévitablement !

Je suis d’avis que le vrai leadership, c’est de reconnaître qu’on ne sait pas tout.

La seule chose dont je suis certain, c’est que je sais que je ne sais pas.

Je peux croire que je sais, mais je sais en même temps que je ne connais sûrement pas toute l’histoire.

Donc en fait, je ne sais pas tout et je suis à l’aise avec ça !

Socrate disait : « La seule vraie sagesse, c’est de savoir qu’on ne sait rien. »

Je souhaite que vous puissiez vivre avec ça.

Oui, nous sommes tous un peu « fou » comme conjoint, parent, voisin, dirigeant, entrepreneur ou gestionnaire. Pas parce qu’on est irrationnel, mais parce que notre cerveau nous pousse à défendre nos choix, même quand ils ne fonctionnent plus. Ce conflit intérieur affecte directement la gestion de vos priorités et la recherche de solutions sur comment atteindre l’équilibre de vie personnel et professionnel. »

Cette dissonance cognitive, c’est un mécanisme universel qui nous protège, mais elle peut aussi nous aveugler. En affaires, elle coûte des marchés perdus, des talents qui quittent, et parfois même des entreprises entières qui font banqueroute.

Le défi des leaders et des décideurs, ce n’est pas de toujours avoir raison. C’est d’accepter l’inconfort, de refuser les jugements définitifs et de voir la complexité comme une richesse.

Au fond, ce n’est pas la certitude qui fait grandir mais plutôt notre capacité à reconnaître les contradictions. En plus, à les apprivoiser et à continuer d’avancer avec lucidité, humilité et courage.